
Je passe actuellement beaucoup de temps à préparer l’examen de la Certification PMI dans le cadre de ma spécialisation en Systèmes d’Information. Mais qu’est-ce donc, me direz-vous ? La première certification PMI a été lancée par le Project Management Institute (PMI) en 1984. Cette association professionnelle reconnue, dont le siège est à Philadelphie, propose plusieurs types de certifications orientées gestion de projet :
- Le Certified Associates in Project Management (CAPM). C’est le niveau de base, proposé notamment aux étudiants, et c’est celui pour lequel je me prépare.
- Le Project Management Professional (PMP) : c’est la certification supérieure, la plus (re)connue
- Le Program Management Professional (PgMP)
- PMI Risk Management Professional (PMI-RMP)
- PMI Scheduling Professional (PMI-SP)
Je ne parlerai dans ce post que des deux premières, pour la raison simple que ce sont les seules que je connais.
La Certification PMI vous donne des bonnes pratiques et des standards de Gestion de Projet, reconnus internationalement (ou plutôt reconnus par les Américains donc … internationalement). Une fois certifié, vous êtes plus rigoureux dans vos projets et risquez de commettre moins d’erreurs. Mais n’est-ce pas problématique alors que les entreprises rentrent de plus en plus dans des logiques d’Entreprise 2.0 ? De fait, spontanéité et innovation sont valorisées, et elles peuvent être bloquées si les procédures de l’entreprise sont trop lourdes.
Avant de répondre, voici quelques informations sur la Certification PMI, qui vous permettront d’y voir plus clair.
Être certifié PMI vous apporte trois avantages majeurs sur la concurrence :
- Performance de vos projets : en tant que chef de projet (ou Projet Manager), vous risquez de moins commettre d’erreurs puisque vous avez un guide de qualité pour vous aider, qui vous garantit au moins que vous n’oubliez rien. Or une erreur de gestion, si petite soit-elle, dans un projet de grande ampleur comme la construction d’un pont, peut coûter très cher à l’entreprise, et vous coûter votre poste !
- Rémunération plus importante : le fait d’être Certifié PMI garantit aux yeux de votre employeur vos compétences en Gestion de Projet. Le gain de salaire par rapport à un chef de projet non certifié peut être de l’ordre de 15 – 20% environ.
- Employabilité : aux Etats-Unis, la Certification PMI devient de plus en plus un pré requis nécessaire pour commencer sa carrière en Gestion de Projet, et c’est d’autant plus vrai pour des multinationales comme HP (hp.com), qui ont de plus en plus de Chefs de Projet PMP. Dans tous les cas, et même en France (où, soyons réaliste, la plupart des gens n’ont jamais entendu parler de cette certification), elle vous donnera un avantage sur les autres candidats aux yeux des recruteurs.
Comment être certifié PMI ?
L’examen se fait sous forme d’un QCM : 150 questions pour le CAPM et 200 pour le PMP. Vous devez pouvoir justifier d’une expérience en gestion de projet. Pour le CAPM, par exemple, soit vous avez derrière vous 1500 heures ( !) de Gestion de Projet sur le terrain, soit vous avez suivi 23 heures de cours de Certification PMI (proposé dans certaines écoles de commerce notamment). La différence est énorme : le PMI met clairement l’accent sur la théorie et les best practices.
Si vous répondez correctement à 65 % des questions, vous êtes certifié ! Ne sautez pas au plafond tout de suite, l’examen est très dur et les questions cauchemardesques. Vous pouvez aller faire un tour sur pmexam, rubrique « Daily Digest », pour vous faire une idée de ce qui vous attend, avec une question différente par jour.
En plus des 23 heures de cours, vous aurez pour réussir le CAPM à travailler environ 100 heures sur le PMBOK (180 pour le PMP). Surtout n’oubliez-pas d’acheter votre PMBOK en anglais (cliquez sur l’image au début de l’article) étant donné que le QCM est aussi en anglais ! La différence entre les deux examens se fait d’une part sur le nombre de questions, mais aussi sur le fait que seul le PMP nous confronte à des questions « situationnelles », où il nous est demandé de donner la meilleure solution possible à un problème donné.
Toutes les réponses aux questions ne sont d’ailleurs pas dans le PMBOK. Tout le Body of Knowledge de la Gestion de Projet ne pouvait pas rentrer dans un seul livre. Pour compléter le PMBOK, le Project Management Institue nous invite dans les annexes à lire des livres proposés par d’autres éditeurs, comme McGraw-Hill et Gower Press.
La Certification PMI a-t-elle une place dans le monde de l’Entreprise 2.0 et du Web 2.0 en général ?
Certains disent que bientôt les outils Web 2.0 de Gestion de Projet seront tellement performants que l’on aura plus besoin de chef de projet. Quel intérêt, alors, d’être certifié ?
Avant d’en arriver là, on peut déjà parler de l’effet qu’a un chef de projet certifié PMI sur son équipe projet. Le PMBOK met l’accent sur le Développement et le Management de l’équipe projet, dans la rubrique « Project Human Resource Management ». En améliorant l’environnement de l’équipe projet, par la création d’une charte commune, par exemple, le chef de projet améliore la collaboration . Premier lien avec l’Entreprise 2.0.
La certification PMI n’est-elle pas un peu rigide dans le monde de l’Entreprise 2.0 ?
La Gestion de Projet est un domaine qui a désespérément besoin de rigueur et de bonnes pratiques. La complexité des projets au sein des entreprises est telle, à cause notamment de la multitude d’acteurs impliqués, mais aussi et surtout à cause des sommes souvent phénoménales qui sont mises sur la table, que l’à peu près ne peut-être toléré.
Alors la vraie question, quelle est-elle ? A mon sens, il convient plutôt de se demander ce que peut faire l’Entreprise 2.0 pour la gestion de projet, et la Certification PMI. Pour un grand nombre de processus décrits dans le PMBOK, le fait d’impliquer au maximum les membres de l’équipe projet (et donc de ne pas laisser le chef de projet faire ses petites affaires dans son coin), permet d’arriver à des résultats plus précis.
C’est notamment le cas dans le processus 6.1.2 : Définir les Activités. La définition précise des activités nécessaires au rendu des livrables est bien évidemment mieux faite lorsque chaque membre de l’équipe projet contribue à définir, à l’aide de ses connaissances et de son expérience personnelle, l’activité qui le concerne. Cet exemple montre bien que la collaboration est importante en Gestion de Projet. Si les outils orientés Entreprise 2.0 permettent de l’améliorer un sein de l’équipe projet, alors ils permettent tout simplement une meilleure Gestion de Projet !
Peut-on parler de Gestion de Projet 2.0 ?
De plus en plus de gens parlent de Gestion de Projet 2.0, notamment sur les blogs anglophones. Mais est-ce que c’est justifié ?
Je me suis naïvement demandé ce que le 2.0 venait faire là. C’est de fait la mode en ce moment mais au moins faut-il que ça porte du sens !
Sur le blog anglophone intitulé Project Management 2.0, Andrew Filev explique « l’impact des technologies Entreprise 2.0 sur la Gestion de Projets d’aujourd’hui, ainsi que sur les entreprises dans leur globalité » (source : son Blog, page About).
Le Project Management 2.0 serait donc tout simplement la Gestion de Projet mise à l’heure de l’Entreprise 2.0 ? Pour y voir plus clair, et si vous déchiffrez la langue de Shakespeare, on commence par un post sur Comment la Technologie Affecte la Gestion de Projet.
La Google génération, ou génération de l’instantané
L’auteur du post, Elizabeth Harrin, parle de la « Google Generation » à laquelle presque tous les internautes font partie désormais. De fait, les parties prenantes du projet ont l’habitude d’accéder à toute l’information qu’ils souhaitent d’un simple clic. Ils attendent donc du Chef de Projet qu’il réponde très rapidement à leurs questions sur l’avancement du projet, si ce n’est en temps réel. Auparavant, ils n’avaient accès à cette information qu’une fois par mois, lors des réunions de l’équipe projet avec toutes les parties prenantes. En résumé, le Chef de Projet doit plus que jamais être au courant de l’avancement de son projet.
Tout cela est intéressant, mais on d’une part en tant que Digital Native, je ne me sens pas concerné par cette « révolution Google », et d’autre part, on ne trouve aucune mention d’Entreprise 2.0 dans cet article !
J’ai donc cherché un peu dans le même blog une définition du Project Management 2.0 et je suis tombé sur ça : « Le Management de Projet 2.0 est une façon de manager les projets définie par l’utilisation d’outils de gestion de projet online, émergents et collaboratifs, et qui servent de moteur à l’intelligence collective, la productivité et le leadership projet, facteurs principaux du succès d’un projet. »
Même si l’auteur de cette définition n’en parle jamais, il s’est très fortement inspiré de la définition d’Andrew McAfee sur l’Entreprise 2.0. Cela se retrouve dans les termes utilisés (comme émergent !) ainsi que dans la façon dont est structurée la page.
Au-delà de ça, le sujet est très controversé. Dans les commentaires qui suivent la définition d’Andrew Filev, certains lecteurs disent que la collaboration n’a pas attendu le Web 2.0 pour se mettre en place dans les projets, et heureusement pour ces mêmes projets d’ailleurs ! La justification de ce « 2.0 » est donc difficile à faire. Je vous invite donc à vous faire votre propre opinion à l’aune de votre expérience personnelle ! J’attendrais en tous cas d’avoir plus d’expérience en Gestion de Projet pour voir ce que les outils apportent réellement.
Au passage, j’ai trouvé le terme « plog » assez amusant. C’est un type de blog dédié à la Gestion d’un Projet donné. Très Web 2.0 dans l’idée, cet outil permet à tous les membres de l’équipe projet de communiquer sur l’avancement de leur travail sans pour autant s’envoyer des tonnes de mails. Cela me semble par contre assez peu avancé par rapport même à un simple Google Docs, mais ça a le mérite d’exister !
Le Project Management 2.0 : une collaboration durable et permanente.
C’est en lisant cet article d’Andrew Filev sur l’Intelligence Collective que j’ai compris le sens du post d’ Elizabeth Harrin sur la Google Generation, dont nous avons parlé ci-dessus.

Les outils de l’Entreprise 2.0 appliqués à la Gestion de Projet (les outils PM 2.0, en fait) permettent une collaboration permanente entre toutes les parties prenante (stakeholders) au projet. Auparavant, tout le monde devait passer par le chef de Projet pour obtenir des informations sur l’avancement du projet et sur les attentes des autres parties prenantes. Aujourd’hui, tout le monde peut avoir accès à tout.
Cela crée de nouveaux risques, à mon sens, pour la Gestion de Projet. L’équipe projet peut de fait perdre le contrôle sur son projet si toutes les parties prenantes expriment des réserves en permanence, et surtout voir tout ce que font les autres en permanence. Il faut pouvoir, au sein des outils de Project Management 2.0, instaurer un contrôle sur l’information. Le client (customer) peut par exemple exiger d’avoir accès aux conversations de l’équipe projet en permanence, ce qui pourrait conduire à une inhibition des membres de cette même équipe.
Les dérives possibles sont nombreuses, et les Chefs de Projet 2.0 doivent en être bien conscient pour s’y préparer et choisir des outils qu’ils maîtrisent correctement. Le choix du bon outil se révèle en fait critique dans la réussite d’un projet.
Le Project Management 2.0 : de nouveaux défis pour les Chefs de Projet ?
Voilà ce qui fait, pour moi, l’intérêt de créer le terme Project Management 2.0 : que les Chefs de Projets prennent conscience des nouveaux enjeux auxquels ils vont devoir faire face. Les parties prenantes sont en effet de plus en plus conscientes des outils de Project Management 2.0, et elles vont surement vouloir être de plus en plus intégrées à l’avancement du projet, voire choisir carrément l’outil de Project Management 2.0, comme pourrait le faire le client du projet, par exemple.
La Certification PMI doit se mettre à l’heure de l’Entreprise 2.0.
J’ai parcouru le PMBOK Guide en long et en large et nulle part il est fait mention d’Entreprise 2.0. Les outils décrits par le Project Management Institute sont des Project Management Softwares, de façon très générale. Ils sont présentés essentiellement comme des outils d’aide à la décision.
Nous avons vu précédemment que l’Entreprise 2.0 (ou le Project Management 2.0, comme vous préférez, cher lecteur) fait peser de nouveaux risques sur les épaules des chefs de projet, et notamment celui de perdre le contrôle du projet par une omniprésence des parties prenantes dans toutes les étapes de ce même projet. Il doit donc y être préparé, et la Certification PMI est toute indiquée.
Apparemment, le Project Management Institute a créé un New Media Council, dont font partie Elizabeth Harrin et Andrew Filev, pour répondre à ces enjeux. Affaire à suivre !